Jeudi dernier, on a eu le plaisir d’accueillir Paul Hermant durant la journée, il est venu humer l’atmosphère du Hub, rencontrer ses fondateurs et les entrepreneurs, capter l’état d’esprit, observer l’espace. Résultat, la chronique poétique qui suit, diffusée ce 12 février sur Matin première RTBF. On était heureux de faire sa connaissance, et on lui dit merci.
“Il y a des lieux, comme ça, Pascal, où à peine entré, vous vous sentez invité. Je m’étais dit, par ces temps de glace, allons quelque part où il ferait chaud. C’est chez Nuwa que j’avais entendu parler de cela, je ne connaissais pas, on ne connaît pas tout, heureusement que la radio existe. Et donc, hier matin, je me suis rendu au 37 de la rue du Prince Royal, c’est à Ixelles, c’est une ancienne chocolaterie, la chocolaterie Antoine, fermée depuis belle lurette, en 1971, une de ces friches industrielles qui rappellent les temps où la ville abritait encore ses artisans au lieu de les exiler loin d’elle dans des zonings sans bistrots.
Ce sont les bureaux d’une coopérative, elle s’appelle « Hub », un hub, en anglais, c’est le moyeu qui fait tourner une roue, c’est aussi une plateforme d’où partent les avions : un hub, c’est quelque chose qui aide à la circulation et ce qui circule ici, ce sont des gens, des projets, des idées et du café. Vous êtes, Pascal, dans une entreprise dont l’objectif est de créer d’autres entreprises. On appelle cela un « incubateur », d’ordinaire, et ça existe partout. Sauf qu’ici, nous sommes dans une entreprise « sociétale ». On pourrait dire sociale, mais sociétale fait plus global. Et les projets qu’elle appelle le sont tout autant.
Ici, comme le dit un des fondateurs, Eric Theunis, 42 ans, 15 ans dans la banque, la finance, américaine, avant de s’engager dans ce qui est exactement le contraire : « Nous voulons entreprendre avec une mission et un objectif qui sont autre chose que le simple profit, quelque chose qui soit utile pour l’avenir, mais en restant de vrais entrepreneurs qui visons la rentabilité des projets».
Personne chez Hub, ne viendra prétendre vous former ou vous indiquer un chemin balisé. Ce que vous louez ici, c’est du temps. Vous achetez votre présence dans ce vaste et bel espace semé de tables en bambou et vous travaillez. Vous venez pour huit heures ou tout un mois et payez en fonction. La valeur ajoutée, ce sont les autres. Avec qui l’échange des compétences et des commentaires est permanent. Ça fonctionne comme un réseau et d’ailleurs c’est un réseau : il y a 18 Hub dans le monde et celui-ci, ouvert en décembre 2009, compte 95 membres et en vise 200 dans un an. C’est un réseau, mais c’est surtout un cyclotron, un accélérateur de neurones où c’est votre voisin peut-être qui possède la réponse à votre question.
Et ici, donc, quelqu’un imagine une ligne de jouets en bois, là un autre planche sur une monnaie alternative, plus loin un producteur de vins bio veut aggrandir son réseau de distribution. Et tout le monde peut intervenir sur le projet d’un autre. C’est assez simple, finalement, l’économie quand l’échange remplace la compétition. C’est pour ça que je vous ai dit qu’il faisait chaud, Pascal. Et aussi parce qu’il y a une cuisine, toujours disponible, qui ouvre l’espace et vous accueille. Hier, on y mijotait, pour le soir, quelque chose qui sentait fort et fort bon. Travailler à l’avenir dans des odeurs de cuisine est une des ces choses rares, Pascal, qui vous réconcilie avec le monde. Ah oui vraiment, laissons-les entreprendre…Allez bonne journée et puis aussi bonne chance”.